Jamais mois de mai ne fut plus douloureux pour les camarades de la CGT Construction Bois Ameublement que celui de 2025.
Philippe Gaborieau s’en est allé aux cent fleurs du printemps, en ce mois des promesses et des récoltes, ce mois qui porte en lui l’espérance des lendemains qui chantent. Philippe était de cette trempe rare : un militant d’une intégrité sans faille, d’une droiture inébranlable, d’un engagement total pour les salariés. Même nos adversaires de classe — de Vinci aux organisations patronales, jusqu’aux autres syndicats de salariés — tous ont salué la rectitude de l’homme et la constance du militant. Car chez lui, la fermeté n’excluait ni le respect ni la dignité. Son combat s’est enraciné dans son syndicat d’entreprise à Eurovia Gironde, puis au comité de groupe Vinci. Là, comme ailleurs, il fut de ceux qui ne détournent pas le regard, de ceux qui prennent leur part, de ceux qui tiennent la ligne quand elle vacille. À l’USCBA CGT de la Gironde, il succéda à Michel Lovato, autre figure exemplaire. Comme lui, Philippe consacra de longues années au Conseil des prud’hommes. Et comme lui, il rendit à des centaines de salariés ce que l’injustice de l’exploitation capitaliste leur avait arraché : leurs droits, leur dignité, parfois leur espoir. À la Fédération, au Bureau fédéral de Montreuil, il entra en militant aguerri et se jeta aussitôt dans la bataille contre la loi El Khomri, cette « loi XXL » qui prétendait réduire les droits des représentants du personnel et affaiblir encore ceux des salariés. Il contribua à produire analyses et outils de référence, dont l’écho dépassa le cadre de la CGT et qui nourrissent encore aujourd’hui notre action quotidienne. Il avait le suivit des régions, porta le secteur juridique, toujours avec la même rigueur, la même ténacité. Avec les camarades de la région Nouvelle Aquitaine, il engagea aussi un autre combat, le plus important pour lui : celui de la vérité sur l’hécatombe dans nos métiers, les accidents mortels du travail. Il refusa que ces drames restent anonymes. À la Fédération, il poursuivit cette lutte pour que les victimes aient un nom, une histoire, un visage ; pour que leurs familles et leurs collègues ne soient jamais laissés seuls face à l’injustice, et qu’un accompagnement juridique digne leur soit assuré. Nous avons voulu lui dédier un lieu à son image. Jamais les travaux à la Bourse du travail n’avaient rassemblé autant de camarades avec un tel enthousiasme. Nul besoin de convaincre : chacun savait ce qu’il avait à faire. Ils ont façonné cet espace comme on bâtit un hommage vivant — un lieu convivial et chaleureux, où l’on accueille et où l’on débat, où l’on partage et où l’on travaille. Un espace pour continuer le combat.
Un espace pour faire vivre les valeurs qu’il incarnait.
Une façon, simplement, de lui dire merci.



